Interview de Virginie Ledoyen pour le magazine Télépoche
Télé Poche : Incarner Cosette à l'écran est un pari osé. Qu'est-ce qui vous a décidée ?
Virginie Ledoyen : C'est effectivement un personnage mythique. La preuve, c'est que son nom est passé dans le langage courant. Cosette est le symbole de la jeune fille battue, qui n'a pas eu de chance dans la vie. Avec un côté un peu mièvre. Là, elle prend son destin en main. C'est une jeune femme très moderne. Une enfant qui a subit ce genre de traitement a forcément une grande force intérieure et une capacité de dissimulation très développée. Elle sait s'adapter aux situations les plus difficiles. Ce n'est pas seulement une victime… Elle aurait pu céder à la méchanceté… Mais c'est son côté humain qui ressort. C'est ce qui m'a plu. J'ai saisi l'occasion de jouer ce personnage maintenant, parce que si j'avais dû attendre, je n'aurais plus eu le physique du rôle !
TP : La relation qu'elle a avec Jean Valjean est très particulière. C'est ce qui vous a aussi séduite ?
VL : Didier Decoin n'a rien modifié de l'œuvre de Victor Hugo. Les rapports, presque incestueux, entre Cosette et Valjean sont déjà suggérés chez Hugo. Elle a une vraie passion pour lui. Elle aime Valjean mais il reste son père. L'approche contemporaine vient aussi du désir de Josée Dayan de conserver l'ambiance de l'époque tout en donnant une modernité aux personnages.
TP : C'est la première fois que vous travaillez avec la réalisatrice Josée Dayan. Est-ce que vous avez eu, sur le tournage, le sentiment d'appartenir à une même famille ?
VL : Je ne sais pas s'il y a une vraie famille d'acteurs. Mais au fur et à mesure, j'ai pris énormément de plaisir à tourner avec tous ceux des Misérables : Gérard Depardieu, Christian Clavier, John Malkovich, Charlotte Gainsbourg, Asia Argento... Des acteurs qui sont de nationalités très différentes. Ce fut de véritables rencontres et c'est passionnant.
TP : Tourner dans une saga à forte audience comme celle-là, était-ce une envie de votre part ou un pur hasard ?
VL : Ça s'est présenté comme ça. J'ai lu le script qu'on m'a envoyé… Le rôle m'a plu. Si cela rassemble un large public, c'est fantastique. Mais ce n'est pas ce qui m'a motivée. De façon générale, je réagis davantage en terme d'histoire. Si l'histoire me plaît, je la fais ! Il n'y a pas véritablement de calcul.
TP : Quels souvenirs gardez-vous de vos précédentes participations à des téléfilms ?
VL : De très bons souvenirs. Notamment de La vie de Marianne que Benoît Jacquot a réalisé en 1997, un téléfilm dans lequel je tenais le rôle principal avec Melvil Poupaud… Quand on tourne pour la télé, le rythme de travail n'est bien sûr pas pareil. C'est plus rapide, ce qui n'est pas plus mal pour les acteurs. Mais je ne fais pas vraiment de différence entre le fait de travailler pour la télévision ou pour le cinéma. Mon investissement personnel est le même et je le fais avec le même bonheur.
TP : Au cinéma également, vous choisissez vos rôles avec exigence. Pourquoi ?
VL : Je cherche à travailler avec les gens dont j'aime le cinéma. Olivier Assayas pour Fin août, début septembre, Benoît Jacquot… Claude Chabrol pour La cérémonie. Je souhaite faire des films dans lesquels je sais que je peux apporter quelque chose. À chaque fois, vous jouez des personnages complètement différents.
TP : Y mettez-vous une part de vous-même ?
VL : On met toujours un peu de soi dans les personnages qu'on incarne. Mais on fantasme aussi beaucoup, on s'accorde des vies incroyables grâce au métier d'acteur !
TP : Pour Les Misérables, vous avez dû tourner aussi en anglais, puisqu'il y a deux épisodes conçus pour le marché américain. C'était un défi de plus ?
VL : Je parle anglais mais c'est vrai que j'ai dû beaucoup travailler avec Vernice Klier, mon "coach". J'ai dû vraiment m'approprier la langue, la préparation a donc été plus lourde. Il y a un rythme, une musicalité de l'anglais qui sont réellement formidables.
TP : Dans La plage de Danny Boyle, vous tourniez déjà en anglais. Le succès du film vous a-t-il transformée ?
VL : Ce film a bien marché, surtout auprès des jeunes. La présence de Leonardo DiCaprio y est pour beaucoup. Toutefois, nous n'avions pas recherché le succès à tout prix. Ce dernier est arrivé, tant mieux ! Mais je ne me sens absolument pas et je ne veux surtout pas être le porte-parole d'une génération.
TP : On vous voit souvent en couverture des magazines. D'où vous viennent votre disponibilité pour la presse et votre intérêt pour la télé, ce qui n'est pas toujours le cas d'autres comédiens de votre âge ?
VL : Je n'ai pas de mépris pour la télévision. J'essaie effectivement d'être assez disponible quand il s'agit de parler du travail que je fais, puisque c'est un travail que j'ai aimé faire. Mais il est vrai que je ne peux pas tout faire et répondre " oui " à chaque fois.
TP : Porter Victor Hugo à l'écran, cela a-t-il un sens pour vous ?
VL : Bien sûr, car il ne s'agit pas seulement du plaisir de jouer un rôle ou d'une simple opération commerciale. C'est l'occasion de faire découvrir ou redécouvrir le roman à tous les publics, de donner envie aux téléspectateurs de se replonger dans l'œuvre de Hugo ou dans les auteurs d'autres époques littéraires.
TP : Victor Hugo fait-il partie de vos auteurs favoris ?
VL : Comme tout le monde, j'avais déjà lu Les Misérables. Je les ai relus à l'occasion de ce tournage. J'ai trouvé le passage de la bataille de Waterloo un peu long… Aujourd'hui, je suis davantage passionnée par la littérature anglo-saxonne.
TP : Comment se présente la rentrée pour vous ?
VL : Je ne le sais pas encore tout à fait. J'ai pris des vacances dans le Sud-Ouest. Auparavant, j'ai tourné un film signé Jean-François Richet. C'est la chronique d'une jeune femme. J'ai toujours du mal à raconter l'histoire des films que je tourne. C'est un très joli rôle en tout cas !